En 2025 sur la plage et les dunes d’Hatainville

 

Façonnées par le vent au gré du déplacement des sables volages, la plage et les dunes qui partagent la même destinée sont en perpétuel mouvement.

Il n’est donc guère étonnant d’observer encore aujourd’hui, sans doutes un peu plus lors de cette dernière décennie, ces phénomènes de mobilité. S’il se manifeste principalement le long du rivage où la mer exerce son lent travail de sape, il n’est pas rare non plus d’observer de l’érosion éolienne à l’intérieur du massif dunaire. Qui pourrait croire aujourd’hui en l’existence d’une mer de sable au niveau de la vallée des Douits recouvrant un moulin à eau et nécessitant le recul à trois reprises la route menant de Carteret à Hatainville jusqu’au début du siècle dernier.

Limiter l’érosion des dunes et favoriser leur ré-engraissement est rendu possible grâce à de travaux de fixation : pose de ganivelles, de fascines de branchages ou encore de plantation d’oyats. La progression du sable ainsi contrariée favorisera le développement des plantes aréneuses qui naturellement accompagnent ces évolutions. Mais sans dynamique éolienne, et sans ces fameux siffles vents sur le front de mer (les fameuses brèches), il n’y a point de mobilité. C’est au travers de ces siffles vents que la dune blanche, sans végétation constitue « le moteur » de tout le système dunaire bien qu’elle soit dans les premiers stades pauvre en biodiversité.

Depuis 20 ans le choix a été fait dans les dunes d’Hatainville, de poursuivre les efforts de canalisation du public aux principaux accès à la plage liée à la présence d’aires de stationnement, car une fréquentation excessive aboutirait à la disparition du cordon dunaire comme ce fut le cas au début des années 80 avant la protection du site par le Conservatoire du Littoral. Mais à cette période jusqu’au début des années 2000, les interventions trop systématiques sont allées à l’encontre d’un bon fonctionnement des écosystèmes car ces mouvements de sable sont indispensables à leur bon fonctionnement. Le saupoudrage du sable favorise le développement des oyats, stimule la croissance et la flore des dunes grises, les cratères qui se forment deviendront un jour les futures mares dunaires…Les micro falaises seront favorables aux hirondelles de rivages et aux abeilles solitaires qui viendront y creuser leurs terriers. 

Et puis face à l’appétit de la mer, vouloir systématiquement lutter contre l’inévitable peut parait illusoire, et ici au contraire aller à l’encontre de d’une nature résiliente. Il n’y a pas dans les dunes d’Hatainville d’urbanisation en arrière de cordon à défendre, donc il est possible de laisser faire la nature. Les dunes ont bougé, bougent et doivent continuer à bouger. Le massif dunaire d’Hatainville est particulièrement grand donc propice à cette approche. 

 

L’imposante Grande brèche qui s’est formée au sud est née de ce choix en 2006 de laisser faire la nature, sans tenter de s’opposer au grignotage des dunes par la mer. En 2008, de vieilles ganivelles ensablées ont été emportées par les tempêtes, témoin que la mer semble toujours vouloir avoir le dernier mot. En 2013, la mer va pénétrer dans ce cordon dunaire fragilisé par le passage du public, mais dès 2015 elle se refermera grâce à l’apport de varech déposé par les marées. La dune renaitra dans cette brèche s’élevant alors peu à peu grâce au développement de la végétation, restaurant naturellement le cordon dunaire. Mais en parallèle c’est sur la partie sud que la force du vent va créer une seconde brèche, celle que l’on observe actuellement en déplaçant le sable à l’intérieur du massif dunaire. C’est la naissance d’une nouvelle mer de sable où l’érosion a aussi au fil du temps laissé réapparaitre un ancien cordon de galets emprisonné et issu de l’érosion millénaire de la falaise fossile recouverte par les dunes perchées. La réapparition de ce cordon de galets est une aubaine pour lutter contre l’érosion car il protège le pied des dunes et limite leur recul. Les vents d’est vont re-balayer vers la plage ce sable accumulé sur l’arrière et ainsi contribuer à l’engraissement de la dune bordière où les oyats, plantes bâtisseuses des dunes,  ont gagné en croissance…

 

Le suivi engagé sur ce phénomène depuis de nombreuses années permet de mieux comprendre les mécanismes qui s’opèrent, et cette formidable capacité de résilience face au changement climatiques. Aujourd’hui la grande brèche semble essayer de se refermer. Nos dunes sont bel et bien vivantes.

Désormais les grands gravelots nichent sur le cordon de galets entre la grande brèche et la Vieille Eglise du Cap de Carteret. Trois couples cette année ont été cantonnés mais un seul jeune observé à l’envol a été observé en 2025. Il faut impérativement ne pas marcher sur ces cordons en s’écartant côté plage, du mois d’avril à a fin du mois de juillet au risque de marcher sur ces œufs invisibles.

En 2025, Noa Philotée Jeanne étudiant en MASTER Ecocaen a étudié sur les dunes d’Hatainville les abeilles sauvages (51 espèces) et les araignées (42 espèces) qui vivent sur ces zones de mobilité de la laisse de mer aux dunes grises. On notera une nouvelle espèce d’araignée pour le Département de La Manche. Le Rhizodrome des sables au mimétisme parfait est menacée au niveau national.

 

Mais à travers leur histoire, l’érosion n’est pas la même tout le long du rivage de la commune des Moitiers d’Allonne depuis 1898… Michèle Sonilhac a découvert un document extraordinaire lors du tri des archives de la Mairie qui nous en dit plus sur ces mystérieuses bornes en pierre qui apparaissent le long du rivage et au gré des marées et du niveau d’abaissement de la plage. Un décret du 18 août 1899 a fixé les limites de la mer sur les portions du littoral de la commune des Moitiers d’Allonne comprise entre Baubigny et Carteret avec la pose de bornes en pierre maçonnées. Il fait référence à un décret Napoléonien du 22 février 1862 probablement en lien avec le droit des pêcheries. Des recherches complémentaires sont actuellement en cours pour préciser leur nature. Elles étaient vraisemblablement posées par paire : une en pied de dune et une en haut de dune. Au fil des années la localisation au GPS de certaines encore visibles a permis de donner une image du recul du trait de côte variable, et allant de 50 à 115 mètres sur cette période jusqu’à nos jours car ces bornes ont pu aussi bouger avec les assauts des vagues. Le lieu dit des Devises dans la mielle en limite de Baubigny en garde le souvenir avec notamment le positionnement de trois bornes visibles sur le cadastre Napoléonien de 1825 .

 

La plage et les dunes d’Hatainville n’ont donc pas fini de nous livrer tous leurs secrets…

 

Yann MOUCHEL

Garde du littoral du SyMEL

Antenne de la Côte des Isles – Phare de Carteret-

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