INVENTAIRE A LA PREVERT DE LA LAISSE DE MER

 

 

 

Enfilez vos bottes, on va faire une balade sur l'estran. Je vous propose un « inventaire à la Prévert » (ça tombe bien, il a habité non loin d'ici), de ce que j'ai pu répertorier sur la plage.

 

Depuis environ neuf ans que je suis «rhatainvillais », mes pas m'ont souvent guidé entre le Cap de Carteret et la Pointe du Rozel. Au gré de ces marches, j'ai rencontré toutes sortes d'objets, d'animaux, que la mer a déposé avant son retrait. Je vais d'abord évoquer les trouvailles naturelles, c'est à dire essentiellement les animaux ou ce qu'il en reste, et les éléments végétaux.

 

 

 

Les os de seiche bien évidemment, diverses méduses de toute taille, blanchâtres, bleutées,

 

des physalies rarement, mais souvent en nombre. Ce sont des organismes à l'allure de sac plastique transparent violacé, gonflé et muni d' une sorte de crête longitudinale. Ils traînent de fins tentacules, très urticants. Ces physalies, plutôt habitantes des eaux chaudes, sont le jouet des courants et du vent qui trouve prise sur leur voile ou crête dorsale.

 

Des cadavres d'oiseaux, parfois bagués. Ainsi, j'ai trouvé un cadavre de cormoran huppé que j'ai confié à Yann, notre garde du littoral. Après recherche, il s'est avéré que cet oiseau avait été bagué à Jersey ou Guernesey, je ne sais plus. Des fous de Bassan, aisément identifiables à leur bec en poignard, divers mouettes et goélands. Des poissons, très souvent déjà attaqués par les oiseaux ou les renards en patrouille nocturne. De temps en temps des dauphins, une fois un marsouin, un phoque gris. Exceptionnellement des cadavres d'animaux terrestres tels que sanglier, chevreuil, mouton.

 

 

 

Des bois flottés, de toute taille et de toute forme. L'imagination aidant, certains d'entre eux ont des allures de chimères, de monstres marins tapis dans les algues ou d'étranges ressemblances avec des statues d'art abstrait, leurs branches tendues vers le ciel pour délivrer quelque mystérieux message.

 

 

 

Une noix de coco, sur laquelle s'était fixée une petite colonie d'anatifes, ces crustacés à plaques blanches et munis d'un long pied. D'où venait cette noix de coco portée par les courants ? D'un pays tropical, ou tombée d'un voilier qui l'avait achetée à Cherbourg ?!!!

 

 

 

Passons aux trouvailles relevant de la création humaine….Il y a de tout et tous ne sont pas citables dans ces colonnes...

 

Les tempêtes causent malheureusement des dégâts au matériel des pêcheurs. On trouve régulièrement des goulottes de casiers à bulots, des cordages, des bouées et flotteurs, des perches avec pavillon coloré, des boucles d'identification des casiers. Ces boucles, qui sont propres à chaque navire, renseignent sur leur provenance géographique ou du moins sur le quartier maritime auquel appartient le bateau concerné : CH (le plus courant, Cherbourg),

 

SM (St Malo), et parfois aussi SB ( St Brieuc) ou PL (Paimpol).

 

Plus rarement des casiers poussés à la côte, ainsi un jour j'en ai trouvé un contenant une belle araignée.

 

Des poches à huîtres vides, des palettes, des bacs à marée, plus rarement des morceaux d'épaves, restes vraisemblablement de bateaux abandonnés ou négligés. Il y a aussi des épaves enfouies qui émergent partiellement au gré des mouvements de bancs de sable, pour certaines très anciennes. Des leurres de pêche, des bouteilles ou bocaux contenant des substances indéterminées (produits de maintenance des navires ?). Des déchets de cargo naviguant très au large, avec étiquettes russes, grecques, asiatiques....

 

Vous vous souvenez tout comme moi, je crois en 2022, de l'échouage de centaines de bouteilles d'eau minérale et de paquets de biscuits apéritif. Les amateurs de pastis attendent toujours l'arrivée des bouteilles !

 

 

 

Des reliquats de ballons sondes météorologiques, chargées d'étudier l'atmosphère.

 

Une bouteille contenant un message rédigé en anglais. Il y avait un contact téléphonique que j'ai appelé : il s'agissait du skipper d'un voilier hollandais qui s'était pris à ce jeu en compagnie de ses enfants. La bouteille avait été mise à la mer trois semaines auparavant en passant Guernesey, et le bateau était arrivé en Hollande.

 

Enfin le plus gros morceau pour la fin : une balise cardinale Est identifiée Men Marc'h, en provenance du NE de l'île de Bréhat. Elle avait déjà été remontée par un tracteur en haut de l’accès à la pointe du Pou.

 

 

 

Les habitants de toujours du secteur auraient certainement plus d'anecdotes à rapporter que moi.

 

Autrefois était en vigueur le droit dit de gravage, qui permettait de récupérer les échouages à la côte, notamment le bois d'épaves, pour le chauffage, la construction ou la réparation de maisons ou de bateaux. Mais également les cargaisons des navires, biens plus ou moins précieux, mais aussi le varech utilisé pour la fertilisation des terres.

 

Est-ce pour cela que subsistent sur l'estran d'anciennes bornes qui délimitent les communes ? Permettaient-elles l'attribution des épaves aux communes concernées ?

 

Autant de questions qui font resurgir un passé pas si lointain où la vie quotidienne des populations littorales était davantage rythmée par les caprices de la mer.

 

 

 

 

 

 

 

Eric QUESNEY

 

 

  Comment allier sport et spore ?

 

         En allant à la cueillette des champignons !

 

 

 

    Bien que notre beau département ne soit pas très riche en massifs boisés, les cueilleurs de champignons peuvent néanmoins y trouver leur bonheur. Le plaisir, à l'inverse de la pêche ou de la chasse, n'attend pas de date d'ouverture. C'est la météo, conjuguée à divers mystérieux critères, qui déclenche la pousse de ces êtres vivants si étranges, à la croisée du règne végétal et du règne animal.

 

 

 

Alors à chacun son analyse, son ressenti, mais les pluies du mois d'août mettent le cueilleur en éveil. Un matin, n'y tenant plus, il décroche son panier remisé depuis de longs mois, met dans le fond de sa poche son couteau favori et plein d'espoir, prend la direction de ses coins habituels de récolte. Les champignons ont ceci de particulier qu'ils poussent bien souvent d'une année sur l'autre précisément aux mêmes endroits. Alors notre cueilleur prospecte prioritairement ces secteurs, je devrais même écrire ses secteurs, tant il y est attaché, et se trouve très vexé si d'aventure un autre chercheur a récolté avant lui, ne laissant que de vieux champignons sans intérêt gustatif.

 

 

 

Parfois, une mauvaise surprise l'attend, une coupe de bois a été effectuée, et le coin favori fréquenté depuis des années a été complètement dévasté par les engins... il faut de nouveau prospecter et remettre en éveil son sixième sens mycologique !

 

 

 

Quelles espèces comestibles trouver dans notre Cotentin ? Le cèpe de Bordeaux est le plus convoité.

 

A l'état jeune, son aspect en forme de bouchon de champagne déclenche une décharge d'adrénaline chez le cueilleur. C'est un véritable régal, dégusté seul ou en omelette.

 

 

 

Également très recherchées, les girolles à la belle couleur jaune safranée, les pieds de mouton de coloris voisin et que l'on peut trouver très tard en saison. Plus discrète est la trompette de la mort, de couleur brun noirâtre, poussant en troupes serrées, et affleurant parfois à peine du lit de feuilles mortes. Elle se prête bien, tout comme la girolle, au séchage, et sa saveur poivrée vient relever délicatement divers plats.

 

 

 

Passer à table pour savourer sa récolte est un véritable plaisir. La nature peut encore offrir ses richesses à qui sait les trouver. Mais en cas d'abondance, sachons être raisonnables et ne pas cueillir plus que de besoin. Pour assurer la récolte des années futures, outre la persistance du mycélium, véritable réseau souterrain en symbiose avec les radicelles des arbres, il faut bien qu'un nombre suffisant de champignons puissent atteindre leur maturité sexuelle pour libérer leurs spores.

 

 

 

Il n'y a pas que dans les bois que l'on trouve des champignons : talus, fossés, prairies, dunes, landes en hébergent aussi. Petits rosés et morilles en sont les représentants les plus connus.

 

 

 

Mais prudence, avant de cuisiner, soyez absolument sûrs de la détermination du contenu de votre panier ! Il serait bien que vous puissiez encore lire pendant de nombreuses années le bulletin municipal des Moitiers d'Allonne !

 

 

 

Un petit tuyau, avant de vous quitter...je vais vous indiquer mon coin favori : il se situe très précisément entre Cherbourg et Granville...

 

 

 

 

 

Eric QUENEY

 

 

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